Interview d'Anne-Sophie Burlot, ancienne étudiante-entrepreneure (promotion 2017)

Comment avez-vous connu PEPITE, quel parcours avez-vous suivi ? 

Lors de ma thèse au Laboratoire de Biotechnologie et Chimie Marines de l’UBS, j’ai travaillé avec des industriels de différentes envergures sur la valorisation des algues. J’ai apprécié l’approche avec ces derniers, car j’aimais l’idée que notre recherche au laboratoire soit discutée directement avec les acteurs économiques puis appliquée et concrétisée à plus grande échelle par la suite. De plus, je savais qu’à la fin de mon doctorat, je partirai rejoindre mon conjoint en Afrique. Ainsi, durant ces trois années de doctorat, l’idée de monter un projet de création d’entreprise de collectes et de cultures d’algues dédiées à l’alimentation et à la santé végétale, animale et humaine au Sénégal est née.
Néanmoins, ayant suivi une formation universitaire spécialisée en biologie marine, je n’avais aucune connaissance concernant la création et la gestion d’entreprise. C’est alors qu’un jour, sur le site de l’UBS, j’ai lu qu’une présentation du réseau PEPITE et du Statut National Etudiant-Entrepreneur (SNEE) était organisée sur l’heure du midi à l’amphithéâtre Yves Coppens de Vannes. Je m’y suis rendue et j’ai tout de suite été enthousiasmée à l’idée d’accéder à ce statut. A partir de ce moment-là, j’ai retrouvé les informations et les documents à remplir en ligne pour candidater au SNEE. 

Pour accéder à ce statut d’un an (renouvelable une fois), il faut déjà avoir une idée de projet de création d’entreprise en tête, même si celle-ci reste encore vague. Il faut surtout être motivé. Je suis passée devant un jury de PEPITE Bretagne Pays de la Loire (anciennement PEPITE Bretagne) devant qui je me suis présentée et j’ai exposé mon idée de projet ainsi que mes motivations et mes attentes du SNEE. Pour moi, le premier objectif à atteindre avec ce statut était d’emmagasiner des connaissances en entrepreneuriat et de pouvoir en parler en utilisant les bons termes afin de bâtir mon projet sur des bases solides. En expliquant cela devant les membres du jury lors de la sélection de projets, ils m’ont informée qu’en ayant le SNEE, il était alors possible de candidater au Diplôme universitaire Etudiant-Entrepreneur (D2E), ce que j’ai fait. Qui dit Diplôme Universitaire, dit contrôle de connaissances acquises lors de la formation. Pour cela, j’ai eu accès à une plateforme en ligne regroupant des cours de qualité sur l’entrepreneuriat. Pour valider le D2E, un rapport correspondant au business plan de mon projet était demandé. A quoi s’est ajoutée une présentation orale de ce dernier devant un jury composé de l’équipe PEPITE, d’un professionnel de technopôle et d’une spécialiste du domaine d’activité de mon projet. Je me rappelle avoir écrit en conclusion de mon rapport que « l’idée de mon projet est maintenant matérialisée, écrite noir sur blanc, ce qui marque une étape cruciale dans l’avancement du projet ». Le deuxième objectif a ainsi été atteint. En effet, à l’heure actuelle, je suis en mesure de présenter mon projet d’entreprise face à de potentiels investisseurs et collaborateurs. Je peux leur exposer le positionnement de l’entreprise sur le marché visé, les choix stratégiques, le dimensionnement, le modèle économique et le cadre juridique envisagés.

Dans quelle mesure PEPITE Bretagne Pays de la Loire vous a aidé dans le développement de votre projet ?

Comme je l’ai mentionné précédemment, grâce à PEPITE, j’ai acquis des connaissances concernant la création et la gestion d’entreprise. Le professeur d’entrepreneuriat du réseau PEPITE en Bretagne Sud était toujours prêt à partager ses heures de déjeuner pour discuter de mon projet, répondre à mes questions de novice et m’aider pour la partie économique. De plus, en ayant le SNEE, j’ai intégré le réseau des étudiants-entrepreneurs de la région et nous sommes mis au courant des dernières actualités sur l’entreprenariat (journées, conférences, formations, challenges, ateliers, concours au niveau départemental, régional et national). Ce que j’ai énormément apprécié, ce sont les échanges que j’ai pu avoir avec les autres étudiants-entrepreneurs. Lors du week-end d’intégration organisé par PEPITE Bretagne Pays de la Loire, de nombreux ateliers collectifs enrichissants ont été proposés. De même, pendant des séances très constructives de co-développement nous partagions les avancements de nos projets respectifs et nous donnions nos avis, ce qui permettaient de prendre un peu de recul sur son propre projet. Enfin, quand on est en plein dans la biologie ou dans un autre domaine, on ne sait pas forcément vers qui s’adresser pour suivre les démarches de la création d’entreprise. L’équipe de PEPITE Bretagne Pays de la Loire encadre et accompagne ses étudiants dans ces démarches. Elle nous met en relation avec des acteurs de l’entrepreneuriat. Dans mon cas, après ma présentation orale de mon business plan, j’ai poursuivi mes rencontres et mes réflexions avec des professionnels au sein du technopôle de Vannes, qui ont pour habitude d’accompagner des porteurs de projet et d’incuber des start-ups.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet ? Le portez-vous seule ou avec un-e autre entrepreneur-e ?

Le projet de création de l’entreprise Térang’Algue est né d’une réflexion individuelle à la fois professionnelle et personnelle. Je suis seule à porter ce projet. L’idée est de créer une entreprise de valorisation des algues au Sénégal. Premièrement, l’entreprise fournira de la matière première algale de qualité et en quantité par collectes sur les plages et/ou par cultures. Deuxièmement, elle transformera de manière éco-responsable la matière première algale en des extraits et/ou en des molécules actifs(-ves). Troisièmement, la matière première algale transformée ou non sera vendue pour différents domaines d’applications tels que l’agriculture, l’agroalimentaire, les cosmétiques et la pharmaceutique. Enfin, des partenariats et/ou des relations avec des fondations, organisations, associations humanitaires seront établis afin de répondre à des problématiques locales à travers des structures locales développant ainsi une filière synonyme de création d’emplois et d’ouverture vers de nouvelles perspectives pour les populations vivant sur les zones côtières d’Afrique de l’Ouest.

Vous êtes également Docteure en Biologie, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Dès le collège, j’ai été attirée par les sciences, que ça soit la physique, la chimie, les mathématiques ou la biologie. J’avais aussi plus de facilités dans ces matières. C’est donc naturellement que je me suis tournée vers un baccalauréat scientifique. Au bac, j’ai eu une meilleure note en SVT alors que j’avais pris la spécialité physique-chimie. C’est une des raisons pour laquelle je suis allée en licence Biologie-Environnement. A quoi s’est ajoutée une conférence organisée par l’UBS d’un ethno-pharmacologue lors de ma première année de licence. Il s’agissait d’un témoignage d’un chercheur qui essayait de s’intégrer dans des ethnies perdues en pleine forêt amazonienne ou dans les savanes africaines. Son objectif était de s’approcher du chaman, le guérisseur, qui soigne les villageois grâce à des plantes et des vieux remèdes qui ont traversé le cours de l’Histoire. Or, les guérisseurs ne connaissent pas forcément quelles molécules actives des plantes agissent, mais ils savent les reconnaître. L’éthno-pharmacologue essaye d’accéder ainsi à ce savoir et découvre les molécules actives. De plus, je suis née dans une famille d’enseignants et j’ai toujours été curieuse, toujours à poser des questions, c’est pourquoi le métier d’enseignant-chercheurs en biologie végétale m’a tout de suite plu. 
Ainsi, dès le début de mes études supérieures, je savais déjà ce que je voulais faire et comment y accéder. Il fallait suivre le parcours universitaire classique soit une licence, un master et un doctorat. Née en Bretagne, j’ai passé huit ans post-bac à me former et à me spécialiser en biologie végétale marine partout en France (Lorient, Bordeaux, Rennes, Strasbourg, Vannes) et dans le monde (Düsseldorf en Allemagne, Truro au Canada et Mérida au Mexique) en terminant par une thèse de doctorat sur la valorisation des algues bretonnes.

Comment arrivez-vous à articuler votre projet d’entrepreneure et votre doctorat ? 

Lors de l’année universitaire 2016-2017, j’étais en dernière année de thèse sous contrat d’Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER), qui est en général un contrat réservé au doctorant en fin de thèse. Ma présentation de mon idée de projet devant le comité de sélection PEPITE Bretagne Pays de la Loire a eu lieu au début de l’année universitaire 2016-2017. Pendant la présentation, j’ai précisé que ma soutenance de thèse était prévue le 19 décembre 2016 et que jusqu’à cette date, tout mon temps était consacré à mon doctorat qui restait ma priorité. Néanmoins, j’ai quand même participé au week-end d’intégration de PEPITE Bretagne Pays de la Loire, aux séances hebdomadaires de co-développement et à des journées sur l’entrepreneuriat. J’ai vraiment commencé à travailler sur les cours d’entrepreneuriat et sur l’avancement de mon projet en janvier 2017 en parallèle des cours que je dispensais en biologie à l’UBS. J’ai profité des vacances universitaires pour me rendre au Sénégal et réaliser mes premières études de marché sur le terrain.

Vous avez participé récemment au congrès AEI de Dakar, pouvez-vous nous en dire plus ? 

Cécile Le Roux, membre de l’équipe PEPITE Bretagne Pays de la Loire qui a suivi mon projet depuis le début, savait que je partais sur Dakar m’installer à la fin de l’année 2017. Il s’est avéré que l’édition 2017 du congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation (AEI) se déroulait dans la capitale sénégalaise et qu’une journée du congrès été consacrée au dispositif PEPITE, notamment à sa transposition dans des pays africains. Cécile m’a alors contactée et elle m’a mise en relation avec le coordinateur national PEPITE et membre du bureau de l’AEI. Ils m’ont proposé de faire un témoignage de mon expérience en tant que jeune docteure étudiante-entrepreneure et ce fut avec grand plaisir que j’ai donné mon accord.

Dans quel cadre y avez-vous été invitée ? Comment s’est passée votre intervention ? 

J’ai été invitée sous l’étiquette PEPITE Bretagne Pays de la Loire, jeune docteur étudiante-entrepreneure française expatriée au Sénégal. Le coordinateur national PEPITE voulait que j’aborde trois points lors de mon intervention à savoir : le doctorat, le SNEE et mon projet. A l’aide d’un diaporama que j’ai préparé à l’avance, j’ai témoigné de mes expériences et de ce cheminement de la recherche scientifique académique à l’envie d’entreprendre pendant une douzaine de minutes lors de la première matinée du congrès. Pendant l’intervention, j’étais assise avec cinq autres personnes devant une table, il y avait le coordinateur national PEPITE, une enseignante-chercheuse d’entrepreneuriat et responsable de l’incubateur IMT Mines Alès, le responsable de l’incubateur Innodev de Dakar et deux autres étudiantes-entrepreneures PEPITE Paris Saclay et Lyon d’origine africaine. Nous faisions face à plus de cent personnes, comptant onze nationalités francophones différentes.
L’AEI fut pour moi une très belle opportunité. J’ai trouvé les conférences, les témoignages et les papiers très intéressants et enrichissants. Même si je n’ai pas tout compris aux travaux présentés et menés sur l'entrepreneuriat, je pense avoir saisi des notions clés sur lesquelles je vais approfondir mes recherches. Le plus important a été de rencontrer des personnes et de discuter avec elles. J’ai approché des réseaux d’entrepreneurs au Sénégal et je sais maintenant vers qui me tourner pour avancer dans mon projet. En outre, ce qui a été très intéressant, c’est de saisir un peu plus l’environnement et le fonctionnement des entreprises en Afrique et particulièrement au Sénégal.

Où en êtes-vous aujourd’hui dans le développement de votre projet à Dakar ?

Mon projet est passé à une nouvelle étape. En effet, lors du congrès, j’ai rencontré beaucoup de personnes installées au Sénégal avec qui je vais pouvoir continuer à échanger. Puis, j’ai rencontré LA personne que je voulais voir, à savoir une expatriée française qui vit, qui a monté son entreprise au Sénégal et qui fait partie d’un réseau sénégalais d’entrepreneurs. Je me suis rapprochée d’un incubateur d’entreprises, le Jokkolabs, où je vais être accompagnée notamment par cette personne.
De plus, j’ai pris contact avec des chercheurs et des doctorants de l’Université de Dakar ainsi qu’avec des plongeurs. Nous avons discuté et nous commençons à faire une synthèse de tout ce qui a été fait en recherche académique sur les algues en ciblant les espèces d’intérêt économique pour envisager des cultures par exemple.

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Anne-Sophie et ses premiers prototypes de fertilisants et phytostimulants à base d’algues pour particuliers, réalisés au LBCM en août 2017.